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TURQUIE : CONFUSION ET DÉCEPTION LORS DE LA 12E AUDIENCE DU PROCÈS DES ASSASSINS DE HRANT DINK



Est paru dans la collection Bleu, HRANT DINK, Deux peuples proches, deux voisins lointains. Arménie-Turquie (Actes Sud, novembre 2009).

A cette occasion, nous vous alertons sur la situation suivante :

TURQUIE : CONFUSION ET DÉCEPTION LORS DE LA 12E AUDIENCE DU PROCÈS DES ASSASSINS DE HRANT DINK

"Nous sommes choqués par les conditions dans lesquelles se déroule ce procès", a déclaré Reporters sans frontières, après avoir assisté à la douzième audience du procès des assassins présumés du journaliste turc d’origine arménienne Hrant Dink, abattu à Istanbul le 19 janvier 2007.

"D’une part, les conditions matérielles – l’exiguïté de la salle, l’attitude des magistrats dont certains dorment, la désinvolture des accusés – témoignent d’une volonté de ne pas reconnaître la gravité des faits examinés. D’autre part, la lenteur de l’instruction, lors de laquelle des éléments d’information réclamés à des administrations de longue date, n’ont toujours pas été transmis, fait planer de graves soupçons. Tout comme le fait que des témoins essentiels n’ont toujours pas pu être interrogés, soit parce que les magistrats s’y opposent, soient parce qu’ils ont omis de les convoquer", a poursuivi l’organisation.

L’audience du 8 février 2010, devant la 14e chambre de la cour d’assises d’Istanbul, où un tournant était attendu dans l’enquête sur le meurtre de Hrant Dink, s’est révélée extrêmement décevante. Les juges, qui dans le système turc sont également chargés de l’instruction, font preuve d’un manque de motivation et de sérieux frappant. Le "témoin secret" qui devait être produit à l’audience n’a finalement pas été convoqué, la police n’ayant pas reçu l’ordre du procureur en ce sens. Le lendemain du procès, le président du tribunal Erkan Canak, a déclaré que le témoin n’avait pas pu se présenter parce que "son interprète arménien n’avait pas été invité".

En outre, les juges ont refusé d’entendre trois hauts responsables du renseignement d’Ankara, d’Istanbul et de Trabzon, dont le témoignage était réclamé par les avocats de la famille de Hrant Dink. Tout porte à croire en effet que des responsables de ces services et de la gendarmerie de Trabzon connaissaient l’existence du complot visant à assassiner Hrant Dink et l’identité des meurtriers, et n’ont pas pris les mesures de protection adéquate. La question centrale des complicités au sein de l’appareil d’Etat reste donc pour l’instant sans réponse. Plus inquiétant, le tribunal semble bien déterminé à esquiver toute mention de la responsabilité de l’Etat dans cette affaire.

L’avocate Fethiye Çetin a une nouvelle fois demandé d’intégrer dans l’enquête des extraits d’autres dossiers en lien avec les milieux ultra-nationalistes et l’"Etat profond" (procès Ergenekon, plans d’attentats contre des minorités, attaques contre la communauté chrétienne de Trabzon...). Le parquet d’Istanbul doit prochainement statuer sur ces demandes.

Les trois témoins Turan Meral, Orhan Özbas et Kaan Gerçek, qui avaient auparavant déclaré que le tireur Ogün Samast leur avait annoncé son intention d’abattre Hrant Dink en leur montrant l’arme du crime, se sont rétractés. Lors du transfert au tribunal, un gendarme leur avait permis de discuter librement avec le tireur présumé.

Le renseignement général d’Ankara a refusé de fournir les numéros de téléphone des agents en contact avec le commanditaire présumé, Erhan Tuncel, arguant que transmettre ce "secret d’Etat" pourrait mettre en danger la sécurité de son personnel.

"Tout se passe comme si ceux-là mêmes qui sont chargés de rendre la justice, lui faisaient obstruction. Nous sommes scandalisés par le fait que le ministère public, si prompt à poursuivre et condamner Hrant Dink lorsque celui-ci évoquait des faits historiques indiscutables (le génocide arménien de 1915), soit si lent à rechercher et juger tous ceux qui ont fomenté et perpétré l’assassinat de cet homme en plein jour à Istanbul !"

Quelque 700 manifestants, dont les proches d’une vingtaine d’intellectuels turcs assassinés depuis cinquante ans, s’étaient réunis place Besiktas, non loin du palais de justice où se tenait l’audience, pour exprimer leur solidarité avec la famille de Hrant Dink et réclamer la fin de l’impunité. Ces militants, qui se décrivent comme la "famille profonde" de Hrant Dink, devaient envoyer aujourd’hui une délégation auprès du Parlement turc, pour exiger la création d’une commission parlementaire sur les meurtres politiques.

TURKEY : CONFUSION AND DISAPPOINTMENT AT 12TH HEARING OF HRANT DINK MURDER TRIAL

Reporters Without Borders said today it was shocked by conditions in which the trial of the alleged killers of Hrant Dink was being held after attending the 12th hearing in the case on 8 February.

Dink, a Turkish journalist of Armenian origin, was shot dead in Istanbul on 19 January 2007. He was the editor of the bi-lingual Turkish-Armenian newspaper Agos and a critic of Turkey’s denial of the 1915 Armenian genocide.

“The physical conditions – the cramped courtroom, the attitude of the judges, some of whom are asleep, the casual attitude of the accused – all show the lack of will to accept the gravity of the facts under examination”, the worldwide press freedom organisation said.

“Moreover the slowness of the examination, during which information requested long ago from the various administrations has still not been produced, gives rise to serious suspicions, along with the fact that vital witnesses have still not been questioned, either because the judges are against it, or because they have failed to summon them”, the organisation continued.

The 8 February hearing before the 14the chamber of the Istanbul assize court, at which a turning point in the investigation of Dink’s murder had been expected, turned out to be extremely disappointing.

The trial judges, who under the Turkish system are also the examining judges, have shown a striking lack of motivation and commitment. “The “secret witness” who was to have been produced at the hearing was not summoned since the prosecutor had not given police the necessary instructions about it. The day after the trial, the chairman of the court, Erkan Canak, said that the witness could not appear because “his Armenian interpreter had not been invited to attend”.

Further, the judges refused to hear three top ranking intelligence officials from Ankara, Istanbul and Trabzon, whose evidence had been demanded by lawyers representing the Dink family. Everything points to the fact that these service heads and of the Trabzon gendarmerie knew about a plot to assassinate Dink and the identity of the killers and that they failed to take adequate steps to protect him. The key issue of complicity within the state apparatus therefore remains unresolved. Even more worryingly, the court seems determined to avoid all mention of state responsibility in the case.

The lawyer Fethiye Çetin again called for the investigation to be extended to cover aspects from other cases linked to ultra-nationalist circles and the “deep state” (the Ergenekon conspiracy trial, plans for killings of minorities, attacks on Trabzon’s Christian community…). The Istanbul prosecutor’s office is due to react to these requests shortly.

The three witnesses, Turan Meral, Orhan Ozbas and Kaan Gerçek, who previously stated that the gunman Ogün Samast had told them he intended to kill Dink showing them the murder weapon, later retracted. During their journey to the court, a police officer allowed them to discuss the case with the alleged gunman.

Ankara’s intelligence service has refused to provide the telephone numbers of agents who were in contact with the man who allegedly ordered the killing, Erhan Tuncel, arguing that giving this “state secret” could put the lives of its staff in danger.

“Everything is going on as if those who are responsible for rendering justice were obstructing it. We are outraged by the fact that the public ministry, so quick to prosecute and convict Hrant Dink when he raised undeniable historical facts (the 1915 Armenian genocide) should be so slow to find and try all those who fomented and perpetrated the murder of this man in broad daylight in Istanbul !” the organisation said.

Some 700 demonstrators, including the families of around 20 Turkish intellectuals who have been murdered in the past 50 years, rallied in Besiktas square close to the court house in which the hearing was taking place, to demonstrate their solidarity with Dink family and to demand the end to impunity. These activists, who call themselves the “deep family” of Hrant Dink, were today set to send a delegation to the Turkish parliament to demand the establishment of a parliamentary commission to probe political murders.

Elsa Vidal Europe & Central Asia desk Reporters Without Borders International Secrétariat Paris


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Consultez les articles de La pensée de midi sur le site CAIRN.

EN 2010, LA REVUE A RECU SUR LE SITE CAIRN 216 126 VISITES !!!!

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Tunisie : le corps du peuple, par Renaud Ego Venue du centre de la Tunisie, une « caravane de la libération » a occupé près d’une semaine, la place de la Primature, à Tunis. Retour sur un mouvement qui symbolisa, physiquement, l’unité de la révolution tunisienne et incarna le corps de tout un peuple.

MMSH, Aix-en-Provence 17 décembre 2010

Figures du Palestinien à l’écran Rencontre du Pôle Images/ANR Imasud de la MMSH en partenariat avec La pensée de midi autour du conflit israélo-palestinien : questions de visibilité et de regards. Avec Jérôme Bourdon, Stéphanie Latte, Cédric Parizot et Maryline Crivello. En lien avec le numéro 9 de la revue, "Regarder la guerre".

De 9h à 13h, salle PAF, Maison méditerranéenne des sciences de l’homme. 5, rue du château de l’horloge, BP 647, 13094 Aix-en-Provence, France Tél : (+33) (0) 4 42 52 40 00 http://www.mmsh.univ-aix.fr

PARUTION MARS 2010

"De l’humain. Nature et artifices", numéro 30 de La pensée de midi, un dossier dirigé par Raphaël Liogier.

Il est souvent bien difficile de deviner l’âge de certaines vedettes au visage remodelé au Botox, qu’en sera-t-il demain lorsque ces transformations ne seront plus seulement esthétiques, mais s’appliqueront au corps entier, à sa sélection et son amélioration, lorsqu’une prothèse de bras branchée sur le système nerveux sera plus agile que le membre de chair et d’os ? Faudra-t-il préférer l’artificiel au naturel ? Quel serait le devenir d’une telle entité livrée à l’industrie médicale, aux biotechnologies, aux nanotechnologies, et qui vivrait, en outre, non seulement sur le plancher des vaches, mais dans des espaces virtuels informatisés ? Un homme techniquement rectifié jusqu’à l’immortalité, tel que l’attendent les transhumanistes, qui ne sont pas de vulgaires illuminés mais de très sérieux chercheurs. Un tel homme serait-il encore humain ? Au-delà des peurs absurdes et du refus de la science, comment penser la mesure dans un monde qui semble irrésistiblement emporté par la démesure ? Cet animal machine dénué de toute fragilité, produit sophistiqué promis par la science, saura-t-il encore éprouver des sentiments comme l’amour, saura-t-il apprécier la convivialité, le plaisir d’être ensemble ?

Ce numéro a été coordonné par Raphaël Liogier, sociologue et philosophe, et directeur de l’Observatoire du religieux (Cherpa) à l’institut d’études politiques d’Aix-en-Provence. Avec des textes de Raphaël Liogier, de Jean-Gabriel Ganascia, de Bernard Andrieu, de Jean-Didier Vincent, de Pierre Le Coz, de Raphaël Draï, de Tenzin Robert Thurman, de Jean-Michel Besnier, de Maurice Bloch, de Michel Terestchenko, de Jean-François Mattéi.




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